ÉDITORIAL​

Par </br>LOUIS TURBIDE

Par
LOUIS TURBIDE

Caribou de la rivière aux Feuilles :

où en sommes-nous rendus?

Vous connaissez le dicton ne jamais remettre à demain ce que vous pouvez faire aujourd’hui. C’est en allant chasser la perdrix blanche il y a quelques semaines que je me suis félicité d’avoir saisi en 2011 la seule chance qui s’était présentée à moi de chasser le caribou au Québec. Cette année-là, j’avais connu une saison de chasse de rêve avec entre autres la récolte d’un orignal de 64,5 pouces de panache et il ne manquait qu’un caribou pour compléter mon premier grand chelem. L’occasion s’était présentée et c’est dans les derniers jours de décembre que j’ai pu vivre cette chasse mémorable et réaliser mon rêve de petit gars. Quel souvenir incroyable! Quelques années plus tard, l’imprévisible survenait et cette chasse unique n’était maintenant que chose du passé.

Quel gâchis quand on pense que, le troupeau de la rivière Georges et celui de la rivière aux Feuilles, avaient déjà été évalués à plus d’un million de bêtes à la fin des années 1990! Problème de surchasse? Plutôt le contraire bien entendu! Il aurait fallu trouver des solutions dans les années 1980 pour éviter cette explosion de population. Comme vous le savez probablement le caribou se nourrit principalement de lichen et cette plante prend une éternité à repousser, sa croissance se situant entre 1 et 8 mm par année. C’est encore pire lorsqu’il y a eu un broutement intensif. Le caribou étant migrateur dévore tout sur son passage et détruit lui-même son garde-manger avec une population devenue incontrôlable car l’effet de la chasse est tellement minime qu’elle n’a aucune incidence sur la fluctuation du cheptel n’en déplaise à certains. Au fil des ans, le caribou a dû modifier ses couloirs migratoires à la recherche de nourriture jusqu’à ce qu’il ait trop épuisé ses sources alimentaires, que la perte d’énergie en déplacements à tenter de se nourrir convenablement soit supérieure à ce qu’il en retire et que la maladie frappe le troupeau et le fasse baisser.

Il y a déjà 5 ans que la chasse sportive du caribou migrateur de la rivière aux Feuilles est fermée. Mais qu’en est-il de l’état de ce troupeau depuis que la chasse sportive n’est qu’un doux souvenir pour bien des chasseurs sportifs et que la chasse de subsistance pour les communautés autochtones perdure? Il faut dire qu’avant la décision de fermer la chasse sportive, le gouvernement nous bombardait de statistiques et suivis serrés au sujet de ce troupeau jusqu’à ce que l’annonce que le cheptel avait baissé sous les 200 000 bêtes ne tombent. Étonnamment le décompte était arrivé à 199 000 bêtes* lors de l’inventaire réalisé à l’été 2016, ce qui permettait de restreindre encore plus la chasse sportive sans pour autant l’interdire comme ce fut le cas.

En fait, dans le plan de gestion du caribou, en ce qui a trait au cheptel de la rivière aux Feuilles, une population entre 50 000 et 200 000 bêtes était considérée comme modérée et bien que la chasse devait être diminuée, il était possible de prélever 10% du cheptel sans grande incidence. Donc avec une population de 200 000 bêtes, une récolte de 20 000 bêtes aurait pu être envisagée. Si on considère que la convention de la Baie-James permet aux autochtones de prélever 6500 caribous et que lors de la chasse sportive il ne s’était prélevé que 2870 caribous en 2015-2016, on arrivait encore à moins de 5% de récolte donc la moitié de ce qui pouvait être prélevé sans incidence. Pour votre information, selon ce fameux plan de gestion, le cheptel devait être rendu sous la barre des 50 000 bêtes pour que la fermeture de la chasse sportive ne devienne un contournable.

Malheureusement les membres siégeant sur le comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage en ont décidé autrement. Il faut comprendre que puisque le domaine vital du caribou migrateur se trouve sur le territoire conventionné qui regroupe les zones 16, 17, 22, 23 et 24, c’est à ce comité que revient la décision de fixer la limite maximale de prélèvement pour le caribou et ce, tant chez les autochtones que les non-autochtones. C’est tout aussi vrai pour ces zones pour l’orignal d’où l’explication de la fermeture récente de la chasse sportive dans la zone 17.  

Depuis ce temps, c’est le silence radio! En 2018, on nous annonçait qu’on travaillait sur un plan de gestion mais pas moyen de savoir où c’en est rendu et quand celui-ci sera dévoilé! J’ai même eu de la difficulté à retrouver les anciens plans de gestion comme si ce dossier devait se perdre dans la brume même sur Internet. D’un côté on nous dit que le caribou migrateur est quasi à l’agonie mais dans les faits il n’est pas considéré comme une espèce menacée ou vulnérable. Par contre on décide tout de même de fermer la chasse sportive alors que le taux de prélèvement était le plus bas de toutes les espèces chassées au Québec. Le message est confus, il n’y a rien de clair la dedans! Ce cheptel a fluctué, certes, mais il n’est jamais descendu assez bas pour justifier l’arrêt de la chasse sportive.

Pendant ce temps-là, la salamandre pourpre, espèce vulnérable, bénéficie d’une équipe de rétablissement composée d’un groupe multidisciplinaire qui participe activement au rétablissement de cette espèce. Pourquoi le caribou migrateur ne peut bénéficier de la même attention s’il est si affaibli qu’on le prétend? On parle tout de même d’un des plus gros troupeaux d’animaux sauvages au monde! Ce qui me fâche, c’est comme si le chiffre de moins de 200 000 devait être figé dans le temps avec tout le politico décisionnel que cela implique.

Dans un article du 3 février 2023 de Radio-Canada sur Ici Grand Nord, on avance une évaluation de 180 000 bêtes mais en même temps on confirme qu’il n’y a eu aucun inventaire depuis 2016 car le troupeau se serait morcelé rendant l’évaluation du cheptel très hasardeuse… Alors d’où vient ce chiffre encore sous la barre des 200 000? Dans le même texte, on affirme que la forte pression de chasse sportive représenterait une des causes probables du déclin du caribou mais que la chasse de subsistance, elle, n’aurait probablement peu d’impact sur la vitalité de l’espèce. Surprenant comme affirmation quand on sait que lors des 7 dernières saisons de chasse sportive du caribou la récolte de subsistance était supérieure à la récolte sportive! Arrêtons de jouer à l’autruche, la population du caribou migrateur a baissé car ce dernier a détruit sa source principale de nourriture suite à un broutement intensif dû à une explosion de sa population. La chasse sportive ou de subsistance n’a aucun rapport dans cela.

L’avenir du caribou migrateur nous interpelle tous car il s’agit d’une ressource collective et un minimum de transparence dans ce dossier serait le bienvenu! Y-a-t-il un plan sérieux de suivi des populations de caribous migrateurs? Puisque la chasse sportive représente l’une des meilleures options pour contrôler les populations, peut-on espérer un retour de cette activité pour encadrer efficacement la progression du cheptel pour ne pas reproduire les erreurs du passé et atteindre les bas-fonds comme ce fut le cas pour le troupeau de caribou de la rivière Georges? Quelle est la cible idéale à atteindre pour considérer ce cheptel en santé? Que se passerait-il si le troupeau dépassait officiellement à nouveau le cap des 200 000? Des réponses s.v.p.!

*Source : Le Quotidien-chronique de Roger Blackburn du 4 novembre 2017-Déclin d’une espèce, mort d’une industrie
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