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André Beaudry, un des fondateurs de Trophée Québec, pose entre les deux chevreuils les plus célèbres au monde. À gauche le Johnny King buck (record du monde selon les registres de Buckmaster et du Northeast big buck club) et à droite le Milo Hanson buck (record du monde selon le Boone and Crockett club).

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qu’André Beaudry a découvert il y a plus de 20 ans quand il a dû se rendre aux États-Unis pour faire mesurer un orignal qui, selon lui, battait des records de taille. Il décide alors avec d’autres collaborateurs de mettre sur pied un registre des grands gibiers récoltés en sol québécois, en français, pour les gens d’ici. Ainsi est né Trophée Québec, animé par une communauté de bénévoles passionnés.

André Beaudry, un des fondateurs de Trophée Québec, pose entre les deux chevreuils les plus célèbres au monde. À gauche le Johnny King buck (record du monde selon les registres de Buckmaster et du Northeast big buck club) et à droite le Milo Hanson buck (record du monde selon le Boone and Crockett club).

Naissance de l’organisme

Après son périple chez un mesureur du Vermont, André Beaudry s’est dit : « Plus jamais! » Il a donc communiqué avec le Boone & Crockett Club (B&C), l’organisme de mesurage américain reconnu, pour savoir comment mettre en place une division québécoise. « On m’a répondu que je devrais traduire les 17 feuilles de mesurage en français. Ils ne pensaient jamais que ça allait se réaliser! », se rappelle le chasseur avec enthousiasme. Son collègue Raynald Groleau et sa conjointe se sont attelés à la tâche bénévolement, et après trois ans, les feuilles étaient prêtes. Des représentants de B&C sont venus au Québec former 20 mesureurs selon les normes officielles, puis Trophée Québec est parti sur sa lancée. André tient d’ailleurs à souligner l’appui indéfectible de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, qui a toujours cru au projet.

Aujourd’hui, le registre compte près de 300 trophées de chasse. On peut y inscrire des orignaux, des cerfs (typiques, atypiques et d’Anticosti), des ours noirs et des caribous. Bien que les critères québécois diffèrent des standards officiels nord-américains, « on n’a rien à envier aux États-Unis », insiste André Beaudry. Le quatrième plus grand orignal au monde, exposé au musée Wonders of Wildlife à Springfield, au Missouri, a été récolté en 1914 en bordure de la rivière des Outaouais!

André Beaudry à droite et son acolyte Raynald Groleau mesurant un panache d’orignal record ayant été récolté par le célèbre homme d’affaire québécois et inventeur du fameux « Ski-Doo » Joseph-Armand Bombardier.

Comment inscrire une prise?

Pour inscrire une prise au registre, il faut la faire mesurer par un mesureur approuvé de Trophée Québec. Ces bénévoles ont la chasse tatouée sur le cœur. Ils ont suivi une formation pour apprendre les particularités du mesurage selon les espèces, dans les règles de l’art. Ils sont maintenant près de cinquante, et une quinzaine d’autres passionnés se joindront à eux au printemps prochain. « Notre paye, c’est qu’on a la chance de voir les plus gros spécimens au Québec », affirme le cofondateur de l’organisme.

Avant d’apporter sa prise à un mesureur, celle-ci doit respecter certaines conditions. Par exemple, il faut d’abord faire sécher la pièce à l’air libre pendant 60 jours. Il est possible pour les chasseurs d’évaluer de façon préliminaire si leur prise répond aux critères d’un trophée en téléchargeant les feuilles de mesures accessibles sur le site de Trophées Québec. On peut également y consulter des vidéos qui expliquent comment prendre les mesures correctement.

Pourquoi figurer au registre de Trophée Québec?

À une personne qui lui a demandé pourquoi elle devrait faire enregistrer l’orignal de son grand-père, André Beaudry a répondu à la blague : « Parce qu’il aura laissé son nom à deux places : dans le registre de Trophée Québec et sur sa pierre tombale. » Selon lui, cette reconnaissance permet de laisser sa marque dans l’histoire de la chasse. Mesurer une prise exceptionnelle est un événement rassembleur et joyeux. « Et on aime tous ça se comparer! », ajoute André.

Un orignal gigantesque récolté à l’arc traditionnel en 2019 par le réputé guide Jason Tremblay Morneau et apparaissant dans le registre de Trophée Québec. Avec un pointage de 190 5/8 brut et 185 5/8 net, il est reconnu non seulement par le B&C et le P&Y, mais il se classe aussi au 15e rang mondial pour un orignal récolté à l’arc traditionnel.

Un orignal gigantesque récolté à l’arc traditionnel en 2019 par le réputé guide Jason Tremblay Morneau et apparaissant dans le registre de Trophée Québec. Avec un pointage de 190 5/8 brut et 185 5/8 net, il est reconnu non seulement par le B&C et le P&Y, mais il se classe aussi au 15e rang mondial pour un orignal récolté à l’arc traditionnel.

Des retombées pour l’histoire naturelle du Québec

Mais l’inscription d’une prise va plus loin que la reconnaissance : elle permet de bâtir l’histoire. Avant la mise en place de Trophée Québec, il n’y avait aucune façon de répertorier les prises sur notre territoire. Elles étaient éparpillées partout, certaines se trouvant exposées aux États-Unis. Le président américain Theodore Roosevelt (un fervent chasseur, cofondateur du Boone & Crockett Club en 1887) a d’ailleurs récolté en sol québécois un orignal d’exception en 1915, aujourd’hui exposé à son ancienne résidence Sagamore Hill dans l’état de New York.

Les données obtenues sont également utiles sur le plan de la science et de la conservation des espèces. D’ici quelques années, les biologistes pourront comparer la taille et le nombre de trophées dans certaines périodes et établir des liens avec les changements climatiques ou les politiques de gestion des ressources, par exemple.

Prendre la place qui nous revient

« Je pense que Trophée Québec est important, souligne André Beaudry. C’est une belle porte d’entrée dans la Fédération pour les personnes qui ne la connaissent pas, un premier pas dans la communauté. » Il est fier de pouvoir offrir aux chasseurs d’ici une occasion de faire reconnaître leurs trophées par des mesureurs québécois, en français. Notre riche patrimoine naturel mérite de se tailler une place parmi les grands de l’Amérique du Nord.

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