Texte et photos </br>MARK RAYCROFT

Texte et photos
MARK RAYCROFT

CHEVREUIL

10 fausses croyances à propos de sa chasse

Depuis des années, le monde qui entoure la chasse au chevreuil est souvent la  source de spéculations. Dans certains cas il a été déterminé qu’ils s’agissaient de faits réels, alors que d’autres affirmations sont devenues de simples mythes. Cependant il peut être vraiment avantageux pour le chasseur de bien comprendre comment et pourquoi les bêtes se comportent et agissent et interagissent entre elles. Voici donc dix fausses croyances ou demi-vérités très répandues démystifiées à propos de ce magnifique cervidé

1

Un mâle au bois énorme aura toujours une progéniture
portant un panache aussi impressionnant

Lorsqu’un gros buck entre en rut, il y a de grandes chances que ses rejetons mâles portent aussi des bois semblables à ce que lui-même porte. Mais, la génétique est une science complexe qui comprend de nombreuses variables, en plus du fait que les facteurs extérieurs peuvent grandement influencer le développement des jeunes. À ce chapitre, la nutrition est particulièrement importante, et pour que le faon puisse espérer croître de la même manière que son géniteur, il doit pouvoir accéder à des sites d’alimentation d’une qualité minimalement égale, ou même meilleure.

Concernant la génétique, on doit aussi tenir compte du fait que la moitié du pool génétique de chaque faon provient de la biche. Donc même si un mâle portant des bois spectaculaires s’accouple avec toutes les femelles de votre territoire, ce n’est pas automatique que tous ses rejetons mâles porteront un panache semblable sur leur tête. Cependant la génétique fera que certains en porteront une et ça c’est une bonne nouvelle!

Les rejetons des grands mâles ne portent pas toujours des bois aussi impressionnants que leur père, car la génétique est complexe sans oublier le fait que la moitié du bagage génétique provient de la biche.

2

Les bucks n’utilisent pas les mêmes « trails »
que les autres chevreuils

Les mâles sont généralement des bêtes solitaires qui évitent d’utiliser les mêmes sentiers que les autres chevreuils, et particulièrement ceux empruntés par des groupes de femelles. Toutefois aussitôt que la période de reproduction débute, les bucks quittent leurs sentiers en retrait et commencent à utiliser les sentiers principaux à la recherche de biches en chaleur. Lors de cette période d’accouplement, le chasseur peut donc tirer profit des sentiers de déplacement principaux pour déjouer un mâle mature. Durant le rut il est habituellement bien plus payant de surveiller ces couloirs de déplacement primaires  que de tenter de surprendre un mâle dans un de ses sentiers discrets et peu évidents.

Bien que les mâles aient souvent leurs propres réseaux de sentiers, il n’en demeure pas moins que durant le rut ce sont souvent les gros sentiers principaux utilisés par les femelles qui devraient être surveillés par les chasseurs.

3

Petit frottage signifie petit mâle

Les frottages sont parmi les indices de présence les plus excitants qu’un chasseur peut découvrir dans l’habitat du chevreuil. Et en particulier si l’arbre ayant été frotté est doté d’un diamètre de 15 cm (6 po) ou plus et que la surface de son écorce est carrément transformée en lambeaux; il s’agit alors clairement d’un grand mâle. Cependant concernant les frottages se trouvant sur de petites tiges, doit-on y porter attention aussi? La réponse est oui! Des frottages frais, quelque soient leur taille, sont le résultat du passage d’un mâle dans le secteur.

De plus il ne faut pas oublier que même si un jeune buck aux bois peu développés n’est pas en mesure de réaliser des frottages comparables à ceux d’un 12-pointes, les mâles matures eux peuvent également frotter leurs bois sur de petits arbustes. Donc, si vous trouvez un endroit où se trouvent de nombreux petits frottages, les chances sont élevées qu’un gros buck gravite dans les environs.

Un gros buck peu définitivement frotter de petits arbres lors de son rituel automnal alors que l’inverse est peu possible.

4

Les bucks se couchent toujours
dans les marais entourés de conifères

C’est vrai que la plupart du temps les dortoirs des mâles matures se retrouvent dans des zones forestières humides et difficiles d’accès. Une petite zone surélevée en plein centre d’une « swamp »  a tout pour plaire à un grand mâle.  Par contre il est impossible de connaître parfaitement toutes les cachettes d’un buck mature. Différents types de dérangement de même qu’une forte pression de chasse pourront amener un chevreuil à se déplacer vers un secteur plus sécuritaire connu de lui seul. Ces cachettes peuvent se situer vraiment n’importe où, comme sur une crête au milieu de la forêt, dans un champ de maïs non coupé, dans une lisière de forêt au bout d’un champ, le long d’un fossé, ou simplement dans une zone de friche dense derrière un camp de chasse…

Il y a quelques années, une de mes connaissances a décidé de vérifier si son arme était toujours précise après l’avoir malencontreusement cogné sur une roche. Il a alors décidé d’aller au bout d’un champ sur le terrain d’un de ses amis dans le but de, tirer quelques coups en direction d’une bute de terre qui s’y trouvait. Suite à son premier coup, quelle fut sa surprise de voir surgir un beau 9-pointes derrière le monticule! Après vérification, ma connaissance s’est rendue compte que le gros chevreuil était couché là depuis un bon bout de temps; un endroit où jamais un chasseur aurait pensé voir un tel buck se reposer. Il a bien sûr chassé plusieurs fois à cet endroit sans jamais revoir le fameux buck… La morale de l’histoire : on peut parfois découvrir des cachettes de grands mâles dans des endroits insolites et complètement inattendus

Même si les vieux chevreuils aiment bien trouver refuge dans les secteurs les plus denses et souvent humides de leur territoire, il possède aussi plusieurs autres cachettes parfois plus inusitées.

5

Les chevreuils ne voient pas les couleurs

Une des premières leçons que tout chasseur devrait apprendre quand il débute c’est de ne jamais sous-estimer chacun des sens du chevreuil et en particulier sa vision. Saviez-vous par exemple que le champ de vision du cerf de Virginie lui permet de détecter tout mouvement dans un angle de 310 degrés sans avoir à tourner la tête ? Et c’est sans parler du fait qu’il peut facilement détecter tout mouvement à de très grandes distances.

Mais le sujet le plus controversé entre les chasseurs est sans l’ombre d’un doute sa capacité à détecter ou non les couleurs comme l’humain. À ce sujet il faut savoir de prime à bord que l’œil des mammifères comporte deux sortes de récepteurs : les bâtonnets et les cônes. Les bâtonnets sont des cellules réceptrices leur permettant de voir la nuit ou dans des conditions de très faible lumière, alors que les cônes sont des photorécepteurs situés dans la rétine qui permettent d’interpréter les couleurs en plein jour. Dans le cas de l’œil du chevreuil il aurait en proportion la moitié moins de cônes que celui d’un être humain, ce qui suppose une détection plus limitée des couleurs. Il est toutefois erroné de croire que les chevreuils sont totalement daltoniens. Selon les recherches ils auraient plutôt tendance à percevoir les teintes orange et rouge dans des tons brunâtres. Le dossard ne représente donc pas un handicap important comme certains chasseurs le croient. Par contre la couleur bleu serait la plus facile à détecter pour les cerfs.

Contrairement à la croyance populaire selon plusieurs études les couleurs orange ou rouge, comme sur les dossards que portent les chasseurs, ne sont pas facilement détectées par les chevreuils car ces teintes leur apparaissent comme des couleurs brunes.

6

Les bucks ne frottent jamais deux fois le même arbre

Plusieurs chasseurs s’imaginent qu’aussitôt qu’un mâle a laissé sa marque sur un arbre, il ne s’y attaquera plus jamais. Il est tout à fait véridique que les cerfs ne frottent pas leur bois sur les arbres aussi régulièrement qu’ils ne peuvent gratter le sol avec leurs sabots pour rafraîchir un grattage par exemple. Toutefois il est aussi vrai qu’ils peuvent frotter le même arbre à plus d’une reprise lors d’une saison donnée. Dans les faits, il y a certains arbres plus «populaires» qui sont carrément frottés année après année. À d’autres occasions ce sera, un autre mâle qui viendra frotter son panache sur un frottage déjà existant pour y laisser ses odeurs corporelles provenant de ses glandes frontales et ainsi essayer de démontrer sa dominance dans le secteur. Évidemment les mâles ne revisitent pas leurs frottages de façon aussi régulière que leurs grattages, mais malgré tout ces marques laissées sur les arbres attirent souvent l’attention des autres chevreuils vivants dans le coin et peuvent être renouvelées plus d’une fois.

Bien que ce ne soit pas la norme, il arrive bien sûr que les bucks frottent leurs bois sur des arbres qu’ils ont déjà malmenés. De plus, il est fréquent que d’autres mâles de passage dans le secteur s’arrêtent pour sentir un frottage effectué par un autre buck et décident d’eux-mêmes y laisser leur marque.

7

Un chevreuil qui se fait tirer, mais qui n’est pas atteint,
va courir très longtemps

Lorsque j’ai commencé à chasser j’étais persuadé qu’un chevreuil qui venait de se faire tirer, mais manqué, parcourait une très grande distance avant de s’arrêter. Mais en devenant plus expérimenté je me suis aperçu que dans bien des cas c’est tout le contraire. En fait, le cerf n’est pas toujours en mesure de connaître la provenance de cette forte détonation se produisant sans avertissement. N’ayant pas subi de blessure corporelle, il est même fréquent qu’il reste sur place sans bouger essayant de déterminer la provenance du bruit tout en tentant de déterminer s’il s’agit d’une source de danger pour lui. Évidemment, si le coup de feu a lieu en milieu ouvert, par mesure préventive la plupart des mâles vont faire quelques sauts pour rejoindre la sécurité de la forêt. Il y a plusieurs années, alors que j’étais installé dans un mirador en bordure d’une ligne électrique, j’observais le comportement de deux biches qui traversaient l’ouverture en empruntant une zone broussailleuse givrée par le gel matinal. En ce début novembre, j’espérais voir apparaître un buck derrière ces femelles. Lorsque les femelles disparurent dans la forêt, j’entendis un coup de feu à ma gauche. Un de mes oncles chassant à peine à plus de 200 mètres de moi dans un vieux buché, était l’auteur de ce tir vers un gros 10-pointes qui longeait la lisière de la vieille coupe avec le nez au sol reniflant comme un chien de chasse. À l’instant du coup de feu, le gros buck fit deux grands bonds puis rejoignit la sécurité du couvert de la forêt. Le tir avait parfaitement manqué sa cible et mon oncle en était quitte pour une belle déception. J’étais persuadé que ce chevreuil avait pris la poudre d’escampette et que nous n’étions pas près de le revoir. Mais à ma grande surprise, le même buck est réapparu à moins de 50 m de mon poste d’affût à peine quelques minutes plus tard. Comme si rien ne c’était passé, il était toujours en train de suivre les deux biches à la trace. Grâce à un tir parfaitement placé dans la région des poumons, je pus mettre la main sur les bois du grand mâle et poser avec lui pour la postérité.

Malgré ce qu’en pensent plusieurs chasseurs, rarement un chevreuil ira très loin si un tir le rate de près. Il est même assez fréquent qu’il demeure sur place un certain temps ne sachant pas d’où vient le bruit.

8

Les mâles ne font des grattages que durant la période du rut

Effectivement la très grande majorité des grattages sont réalisés par les bucks entre la mi-octobre et la fin novembre. Toutefois, dans certaines situations où lorsque certaines conditions particulières sont rassemblées, quelques grattages peuvent parfois être entretenus par les cerfs durant toute l’année ou presque. D’ailleurs, j’ai déjà trouvé un grattage semblable toujours « actif »  sur un de mes terrains de chasse. Ceci a duré jusqu’à ce que la fameuse branche au-dessus du grattage « licking branch » se soit brisée. Heureusement j’ai réussi à raviver l’attrait de ce grattage en y réinstallant une nouvelle branche surplombante grâce à quelques attaches du genre Tie Wrap.

Les raisons qui incitent les mâles à continuellement visiter un tel grattage ne reposent pas uniquement sur sa situation dans un endroit bien caché (comme dans une petite éclaircie en forêt) et la présence d’une branche pour le dépôt d’odeurs. Il est aussi impératif que quelques mâles matures résident dans les environs. Ce serait principalement cette présence de plusieurs bucks qui provoquerait une compétition parmi ces derniers et ce peu importe la saison. Dans ce genre de situation, tous les bucks vont tenter à tour de rôle de revendiquer leurs droits sur la zone de grattage permanente. Évidemment quand un chasseur découvre un rare grattage du genre il a tout intérêt à y passer le plus de temps possible l’automne venu…

Bien que la plupart des grattages soient réalisés durant la période du rut, il arrive à l’occasion que certains sites soient utilisés en dehors de cette période. Ces grattages presque permanents se retrouvent toujours dans des territoires occupés par plusieurs bucks matures.

9

Trouver un panache tombé durant l’hiver
peut indiquer où chasser l’automne suivant

Il est toujours très plaisant pour un chasseur de découvrir au sol les bois d’un grand mâle, puisque cela nous indique hors de tout doute qu’il a réussi à passer à travers les rigueurs du rut et de la saison de chasse. Il est alors facile de s’imaginer que s’il réussit à survivre à l’hiver on aura de bonnes chances de l’apercevoir dans les parages la saison suivante. La réalité est toutefois tout autre et les probabilités d’apercevoir à nouveau ce même chevreuil lors de la prochaine saison de chasse sont faibles. En effet, dans de nombreuses régions de la province, les cerfs font des migrations pouvant aller de quelques kilomètres à plusieurs dizaines pour rejoindre leur habitat d’hiver souvent appelé « ravage ».

Ainsi on comprend que le mâle ayant perdu ses bois à un certain endroit au courant de l’hiver peut très bien provenir d’un secteur éloigné et ne pas utiliser l’endroit de la perte de sa couronne comme habitat d’automne. Il y a bien sûr certaines exceptions pour les mâles qui vivent toute l’année près d’un ravage. Dans ce cas les panaches trouvés au sol pourraient alors appartenir à des bucks qui devraient encore se trouver dans le secteur durant la chasse. À ce sujet, une méthode efficace pour savoir si les bucks d’un site hivernal sont toujours présents dans les environs durant l’été, consiste à procéder à l’installation de caméras de surveillance au commencement du mois de juillet et d’en faire une vérification régulière jusqu’au début de la saison de chasse.

Comme il est plaisant de découvrir un beau bois de chevreuil reposant sur la neige. Mais malheureusement comme les cerfs migrent souvent sur de grande distance pour rejoindre leurs quartiers d’hiver, il est peu probable de revoir la bête portant ce panache l’automne suivant.

10

Les jeunes mâles de 1 ½ an ne portant que deux petites pointes
« spike » ne produisent pas de gros panaches en vieillissant

Pour certains jeunes bucks, il est vrai que le développement de leurs bois soit plus lent en comparaison à ce qu’on peut voir chez d’autres. Les mâles de 1 1/2 an peuvent porter des panaches allant de deux petites «dagues» d’une dizaine de centimètres (4 Po), jusqu’à des bois pouvant compter jusqu’à 10 petites pointes sur de fins merrains. De prime à bord, on pourrait croire que le petit 10 pointes possède une bonne longueur d’avance sur le daguet concernant le développement futur de son panache, et c’est effectivement souvent le cas. Par contre la génétique peut donner des résultats forts différents d’un cerf à l’autre.

À ce sujet, des mâles pourvus de bois chétifs durant leurs premières années de vie peuvent à l’occasion devenir des bucks impressionnants portant des couronnes étonnantes une fois à leur âge adulte. Comme exemple, je me plais à faire une comparaison avec les adolescents. Comme nous le savons, certains vont se développer tôt et atteindre leur grandeur définitive à 13 ans, alors que d’autres avec une croissance plus lente terminent de grandir tout juste avant d’arriver à la vingtaine. Même qu’à l’occasion ces derniers finissent par surpasser en taille ceux qui étaient plus grands qu’eux durant les années précédentes. Il ne faut donc pas douter du potentiel d’un jeune « spike » visiblement peu développé, car il pourrait bien devenir la raison de votre prochaine visite chez le taxidermiste dans quelques années…

Un jeune mâle ne portant que deux petites pointes « spike » en guise de premier panache est souvent le résultat d’un retard de croissance. Toutefois ça ne veut pas dire que ce buck ne finira pas par rattraper son retard et finalement porter une très belle couronne s’il a la chance d’atteindre la maturité.

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