TRAPPAGE
ParJEAN-PASCAL TRUDEAU
Où s’en va le piégeage en ces temps modernes?
Le piégeage au Canda a été à la base même de l’expansion des populations humaines en Amérique du Nord. Le commerce des fourrures a posé les premiers jalons d’une activité économique structurée, dans la portion nord du nouveau monde. Ce métier, très lucratif a perduré pendant des siècles. Les montants perçus à la suite de la vente de ces produits, ont fluctué selon les espèces au fil du temps, en conservant cependant toujours une valeur très élevée sauf depuis une trentaine d’années. Le marché a mis un genou au sol, pour ne jamais réussir à se relever de manière soutenue. Dernièrement, les montants reçus pour les fourrures mises en vente sont si bas, que le piégeur doit payer pour exercer l’un des plus vieux et lucratifs métiers québécois de l’époque.
Retournons en arrière pour voir d’où l’on vient, afin de comprendre pourquoi nous sommes rendus à ce stade d’évolution de l’activité.
En 1627, la compagnie de la nouvelle France a été fondée et le roi de France a accordé à cette entité, l’ensemble des droits sur la fourrure du nouveau continent qu’il occupait. En échange de ce monopole, la compagnie avait l’obligation de faire venir et coloniser les nouveaux territoires par des colons français. Évidemment, l’engagement initial a été réalisé que très partiellement et le nombre de nouveaux habitants augmentait de manière anémique. Le seul but était de faire de l’argent, sans toutefois respecter les promesses du départ.
Par la suite, la compagnie de la Baie d’Hudson (HBC) fondée à Londres le 2 mai 1670 par Pierre Esprit Radisson et Médart Chouard Desgroseillers, fut la plus active et son seul nom évoque automatiquement, dans l’imaginaire collectif, le commerce à grand volume des fourrures sauvages en Amérique du Nord. Elle est la plus ancienne entreprise dûment enregistrée pour commercer ces précieux biens fournis par les forêts nordiques de notre côté de l’Atlantique. Elle a donc eu le monopole sur la ressource pendant plus d’un siècle. Un peu plus tard, soit au début des années 1800, la compagnie du Nord-Ouest fondée à Montréal en 1774, fait une chaude lutte à la HBC. Une fusion des deux entreprises fut réalisée suite à de nombreux actes disgracieux pour le contrôle de cette riche toison « lustrée ». Un ralentissement dans la demande et la production a été remarqué au début des années 1800, comme quoi cette industrie si rentable pouvait aussi connaitre des moments plus difficiles.
Évidemment, la manne pécuniaire fournie originalement par les diverses nations autochtones, intéressa rapidement les européens (sans entrer dans le détail des nations concernées). Les nouveaux colons, installés au Québec et ailleurs, prirent donc le chemin de la forêt afin de capturer et commercer les castors, loutres, martres, renards, etc. Évidemment, cela créa donc une forte effervescence chez les nouveaux habitants qui faisaient d’énormes profits et vivaient une vie exaltante, quoique souvent très risquée et bourrée d’embûches découlant de l’ensemble de l’activité de piégeage.
Avec le temps, l’économie se diversifia et fit place à la production de d’autres produits recherchés. La mise en valeur de la fourrure resta quand même très importante. Les fluctuations dans les prix selon les espèces, n’affectaient pas énormément les gains pécuniers au final. Bien sûr, certains éléments majeurs ont parfois créé des ralentissements, mais l’ensemble de l’activité restait très vivant et dynamique. Évidemment, la crise des années 30 a aussi affecté négativement le commerce des fourrures, qui avait tous les atouts à l’époque pour rapidement rebondir de cette récession sans précédent.
Poursuivons sur les dernières et très bonnes années de ce métier. Durant les années 1980, il y a eu une période très intéressante pour le producteur du soyeux produit. Des prix plus qu’intéressants, ont été donnés sur la majorité des espèces. Les lynx, martes, pékans, rats musqués, etc., ont atteint des prix non observés depuis très longtemps. C’était donc l’âge d’or du trappeur moderne… et plus jamais par la suite des montants (en valeur indexée) aussi importants, n’ont été offerts.
La fin des années 1980 et le début des années 1990, ont marqué le début du déclin du commerce moderne de la fourrure sauvage. Depuis ce temps, les revenus retirés par le trappeur ne cessèrent de régresser. Les gros profits d’avant ont fait place à des pertes financières pour pratiquer l’un des plus vieux métiers du Québec. Pour arriver à tirer son épingle du jeu, le récolteur de la toison autrefois si recherchée, devait continuellement augmenter son nombre de prises pour réussir à rentabiliser son travail.
Aujourd’hui, il est devenu totalement impossible de faire un réel profit avec la vente du fruit de notre travail. Le coût de l’équipement devenu très onéreux en lien avec les prix reçus de la vente des fourrures, peine même à défrayer 10 à 20% des coûts engendrés. En comparaison, des personnes durant le pic des années 1980, réussissaient à s’acheter un camion, avec les revenus d’une seule grosse saison printanière de récolte de rats musqués. Autre exemple, un ami avait pu s’acheter un véhicule tout terrain (VTT) et s’était bâti un camp uniquement avec l’argent reçu pour les peaux de neuf lynx.
Aujourd’hui, avec une grosse saison complète de captures multi espèces, les revenus totaux couvrent environ les frais d’essence et l’achat de quelques accessoires de piégeage. Il est donc assuré que le trappeur devra débourser pour exercer son activité. Le tournant réel est donc bien amorcé.
En 2019, des problèmes financiers ont mené ensuite à la fermeture de la North American Fur Auctions (NAFA). Cette entreprise qui provenait d’une affiliation créée entre la HBC et un consortium de producteurs de fourrures d’élevage, l’une des plus grosses maisons d’enchère de fourrures sauvages et d’élevage, mettait en lumière le mal-être que le domaine vivait depuis longtemps.
Fur Harvester Auction (FHA) de North Bay Ontario, est la dernière maison d’enchère d’importance encore existante. Celle-ci fait tout en son pouvoir pour survivre à tous ces bouleversements.
Plusieurs choses expliquent ce dépérissement global :
- Un affaiblissement notable de l’intérêt pour les vêtements confectionnés avec de la fourrure.
- Une baisse marquée de la production annuelle de fourrures à l’échelle mondiale, découlant directement des pressions sociales pour l’arrêt du piégeage.
- Le retrait de Canada Goose de leurs affiliations avec le monde de la fourrure, pourtant connu comme un important porte étendard et grand défenseur encore il y a quelques années du domaine.
- Retrait de la vente de tous les vêtements composés en partie ou totalement de fourrure, par les entreprises Simons et Macy’s, ainsi que le retrait des marques prestigieuses tel que Gucci et Michael Kors qui utilisaient encore ce produit de grande valeur.
- Les prix dérisoires donnés aux piégeurs pour leurs fourrures, ne couvrant aucunement les frais de leurs productions, qui ont fait décrocher les trappeurs à grand volume et provoqués une baisse d’intérêt chez ces grands passionnés.
- Et bien d’autres intrants font partie de l’équation, mais je m’abstiendrai de tous les détailler.
Il faut donc comprendre au travers de ces écrits, que la récolte de cette superbe ressource a été obligée de se transformer pour survivre et conserver l’expertise de ce métier.
Comme cela s’est passé ailleurs dans le monde il y a très longtemps, le trappeur québécois s’adapte tranquillement et transforme sa pratique vers la capture d’animaux à fourrure nuisibles, nommé animal déprédateur.
De nos jours plusieurs trappeurs québécois se sont adaptés en capturant des animaux à fourrure nuisibles comme le castor qui cause souvent des dommages en abattant des arbres (A), en bloquant des canaux de drainage (B) ou en inondant des routes ou des terrains (C). Une façon d’augmenter leurs revenus.
Plusieurs entités ou organismes font maintenant appel à nous, pour contrôler les populations et l’argument pécunier lié à la fourrure n’est plus en jeu. Les municipalités régionales de comté (MRC), les municipalités, les propriétaires privés, les pourvoyeurs, le ministère des transports, les grandes entreprises devant conserver leurs réseaux de distribution en état (exemple le Canadien National), font maintenant appel à nos services pour contrôler les animaux rendus nuisibles.
Nous sommes donc en mode déprédation durant toute l’année. Cette manière de faire permet de combler l’ensemble des frais inhérents à la capture des animaux problématiques, ou qui sont capturés pour baisser la prédation sur les populations d’ongulés.
Divers règlements encadrent ceci hors des périodes légales, il suffit de se référer aux documents et de se conformer aux lois et règlements du ministère de l’environnement, de la lutte aux changements climatiques, de la faune et des parcs.
Pour conclure, peu importe ce qui arrivera aux commerces de cette ressource renouvelable, la capture d’animaux sauvages se poursuivra toujours. Le trappeur exerce un métier très important pour la régulation des populations citées précédemment.
La note positive est que le piégeage ne mourra jamais et que les réels passionnés sauront s’adapter aux nouvelles réalités, au grand bonheur des futurs adeptes. Adaptez-vous, formez de la relève, faites la promotion de vos actions, soyez éthiques au maximum et amusez-vous abondamment en exerçant votre passion. Soyez des professionnels sans faille et faites-vous rémunérer en conséquence. De cette manière vous serez respectés de vos pairs et de tous ceux qui ont réellement besoin de vous.
A
JEAN-pascal trudeau
B
L’auteur avec une super récolte de loup (A). Il ne faut pas oublier que ces canidés sont de grands prédateurs de cervidés (B) et qu’il est important de contrôler leurs populations pour donner un coup de pouce à nos chevreuils et orignaux durant la période hivernale.


