DINDON SAUVAGE

Le chasser
au bois

DINDON SAUVAGE

Le chasser
au bois

Un beau tom récolté dans le bois par l’auteur, juste avant midi, en prospectant aux abords d’un champ.

Par
Réjean Lemay

Généralement, c’est par le biais de mes conseils sur la conservation et le débitage des viandes que vous lisez mes textes. Cette fois-ci, je ferai exception et laisserai mon couteau de côté pour prendre mon fusil. Après la chasse à l’orignal, la chasse au dindon sauvage représente ma seconde passion, assez pour y consacrer plusieurs jours de chasse, tant en Ontario qu’au Québec. La piqure pour la chasse de cet imposant oiseau a débuté en Ontario, bien avant que ce ne soit permis au Québec.

La plupart des articles et des vidéos concernant la chasse aux dindons traitent de l’approche aux champs, ce qui est probablement la meilleure technique pour prélever un dindon. J’éprouve toujours beaucoup de plaisir à utiliser cette technique qui m’a permis de récolter plusieurs de ces magnifiques oiseaux.

Une bonne partie de la réussite dans l’approche aux champs, réside dans le perchage des oiseaux avant la tombée de la nuit, ce que plusieurs appellent les mettent au lit. « Dindons perchés, dindons à moitié récolté », comme me répète souvent mon ami Christian de Beaumont. Le lendemain matin avant l’aube, les chasseurs se positionnent à courte distance des oiseaux. Ils attendent les premières lueurs du jour pour entamer la joute de l’appel et amener les dindons à portée de fusil.     

Mais, car il y a un mais, cela ne fonctionne pas toujours. Pour différentes raisons, les oiseaux s’éloignent tout simplement de vous: des oiseaux très méfiants qui ne répondent même pas à vos appels. Une fois au sol, ils se dirigent dans une direction opposée.

En d’autres occasions, après le déperchage, ils répondent à chacun de vos appels, se gonflent, ouvrent la queue, font quelques pas de mambo (danse) dans votre direction, et retournent auprès des femelles déjà conquisses. Dans la plupart des cas, ce seront les dindons juvéniles (jakes) qui seront récoltés.

De plus, il y a les dindons qui sont bloqués. C’est-à-dire qu’ils refusent obstinément de franchir un obstacle quelconque: un ruisseau, un ravin, une clôture, un chemin forestier et pour toutes sortes d’autres raisons, cela ne fonctionne pas.

Cette dernière situation m’amène à faire un parallèle entre la chasse aux dindons et la chasse à l’orignal. De nombreux chasseurs ont vécu le cas d’un orignal qui refusait obstinément de sortir du couvert forestier. Un orignal que l’on dit bloqué, qui après avoir répondu à vos appels, reste à une cinquantaine de mètres dans la forêt, casse tout mais, ne sort pas à découvert. De plus, après un certain temps, sentant le piège, la bête déguerpit pour ne plus revenir.

Depuis quelques années des guides réputés préconisent d’aller à la rencontre de l’orignal ou tout simplement de le chasser là où il se trouve soit, dans le bois. Ces chasseurs d’expérience vous diront que lorsqu’ils chassent l’orignal en forêt, ce dernier a un comportement très différent et est plus facile d’approche. Ils prêchent par l’appel, le contrôle des odeurs et surtout par la progression très lente dans leurs déplacements en forêt.

Ce que je vous propose c’est d’abord une stratégie à deux volets: premièrement, de commencer par vous poster aux champs, tôt avant l’aurore, en souhaitant que les oiseaux soient réceptifs et qu’ils se présentent à portée de fusil. 

Si cela ne fonctionne pas, on passe au plan B, soit chasser le dindon au bois ou si vous préférez, directement en forêt là où il passe la majeure partie de la journée. Les dindons après avoir passé une période matinale aux champs, vont regagner la forêt et n’en ressortiront qu’en fin de journée afin de se nourrir à nouveau. Ces périodes peuvent varier selon les conditions climatiques mais aussi en fonction du degré de susceptibilité des bêtes.

JEAN-pascal trudeau

MARK RAYCROFT

Après avoir passé quelques heures aux champs en matinée, les dindons vont regagner le couvert de la forêt.

Pour le plan B, c’est sensiblement la même technique que pour l’orignal mais, avec quelques variantes en fonction de la géographie des lieux et de la grandeur du territoire auquel vous avez accès. Il faut bien prendre en considération que l’on chasse dans une zone où il y a une présence évidente de dindons.

Lors d’une sortie avec mon ami Christian de Beaumont, nous nous étions placés bien avant l’aurore dans un champ de maïs. Après une bonne période d’attente entrecoupée d’appels, trois dindons nous ont répondus dans le boisé de biais avec nous. Les dindons se sont avancés sur notre flanc droit mais restaient hors de la portée de nos fusils, bloqués par un muret de pierres surmonté d’un rideau de branches et de petits cèdres. Ils effectuaient des allers-retours du boisé au muret lors des appels mais gardaient une bonne distance. Nous avons décidé de cesser les appels, de les laisser retourner dans le bois puis, nous avons rampé jusqu’au muret. De là, nous avons repris les appels, même manège, les trois amigos répondaient, sortaient du bois, effectuaient des allers-retours du couvert aux abords du champ, mais restaient hors de la portée de nos armes. À nouveau nous avons cessé les appels pour les laisser retourner dans le bois. Nous nous sommes approchés du boisé puis jusqu’à un gros érable pour pouvoir nous camoufler. Bien assis, nous avons repris les appels et avons obtenu des réponses immédiates des trois amigos. Ils sont rentrés en troisième vitesse sur nos différents calls. Résultat: deux beaux toms.

Comme pour la chasse à l’orignal il est souvent très payant d’appeler les dindons en forêt plutôt qu’aux champs.

Une autre technique de chasse consiste à s’installer avant le lever du jour dans une forêt non loin d’un champ ou des dindons ont été repérés la veille. Je souligne encore une fois l’importance de faire du repérage avant la tombée de la nuit. Cette façon de procéder s’applique aisément pour un champ auquel vous n’avez pas accès, avec une permission pour la propriété voisine. Avant la levée du jour, les chasseurs pénètrent en silence dans le bois et gagnent les postes d’affût à environ 50 mètres du champ. Lorsque les premières lueurs de l’aube apparaissent, les dindons encore perchés manifestent leur présence par leurs glou-glou si caractéristiques. À ce moment précis, c’est à vous d’entreprendre le dialogue et d’espérer que les dindons se présentent à vous.

Lors d’une session de repérage avec Christian, nous avions repéré au fond d’un champ, une dizaine de dindons dont quelques-uns semblaient arborer une belle barbe. Nous étions juste à temps pour les voir se percher. Le hic, c’est que nous n’avions pas accès à ce champ mais la propriété voisine nous était acquise. Un boisé longeait le champ sur toute la longueur. Stratégie simple: nous nous sommes placés dans le bois, chacun adossé à un gros cèdre. Aux premières lueurs du jour, un dindon glouglouta, nous assurant ainsi que les dindons n’avaient pas été dérangés. Christian effectua quelques appels en douceur puis, augmenta graduellement le volume. Les dindons répondaient à chaque call. Après s’être déperchés, les dindons rentrèrent sur nos appels à grand pas, pour ne pas dire à la course. Résultat: deux dindonsNous avons mis cette technique de chasse en application à plusieurs reprises et elle nous a permis de récolter quelques dindons.  

JEAN-pascal trudeau

S’installer en forêt après avoir identifié où se perchent les dindons représente aussi une technique très efficace. Sur la photo le chasseur s’est installé en bordure d’un chemin forestier.

Il y a quelques années, nous avons eu accès à un nouveau territoire. Après avoir prospecté rapidement sous le couvert forestier, quelques appels ont été effectués. Nous avons obtenu une réponse d’une femelle, et un mâle s’est manifesté dans une autre direction. Nous avons pris la décision de quitter les lieux en toute vitesse, pour ne pas effaroucher ces oiseaux. Cette nouvelle terre servira comme plan B, soit comme seconde alternative, car nous avions, préalablement repéré un groupe de dindons sur une autre propriété. Au petit matin, dans le groupe d’oiseaux repéré la veille, il n’y avait aucun mâle. Ayant fait chou blanc, nous nous sommes repliés vers la seconde terre prospectée la veille. Approche par le boisé, quelques appels, mais pas de réponse. Lentement, cachés par de gros cèdres, nous nous sommes approchez du champ. De l’autre côté, en face de nous, il y avait un groupe de dindons sous l’emprise de deux beaux tom. Après quelques appels un peu plus agressifs, les mâles ont répondu, on fait la roue et quelques pas de mambo, sans quitter le harem. Nous avons pris la décision de contourner le champ par le bois et d’aborder les dindons par le boisé derrière eux. De la forêt, quelques appels ont été effectués puis nous avons progressé lentement en rampant dans leur direction en gardant un espace d’une douzaine de mètres entre nous, mais toujours sous le couvert. Après quelques minutes les toms ont répondu et Christian et moi avons continué à appeler à intervalle. Finalement les mâles ont pénétré lentement dans le bois, ont cherché les femelles et se sont retrouvés à portée de  fusil.

Une autre façon très productive de procéder, c’est le call, wait and walk. La technique consiste à appeler, à attendre et si aucun dindon ne se manifeste, à marcher sur une courte distance. Après avoir pénétré sous le couvert, à une distance d’environ 30 à 50 mètres, j’effectue quelques appels sans trop d’agressivité. J’écoute, j’attends et si je n’obtiens aucune réponse, je me déplace très lentement. Avant de me déplacer, je repère un arbre, un rocher ou une souche que je vais pouvoir utiliser pour me camoufler, si un oiseau répond. Je me déplace lentement sur une trentaine de mètres tout au plus, en effectuant de courts arrêts pour écouter et émettre de petits appels. Je me déplace ainsi, jusqu’à mon point de repère et j’effectue une autre séance d’appel. Je recommence mon rituel en zigzagant. Ici, il n’est pas question de se déplacer rapidement ni d’appeler de façon agressive car je sais pertinemment qu’il y a des dindons non loin. Ma façon de progresser s’apparente à une femelle en quête d’un mâle. Je gratte régulièrement les feuilles au sol, un peu à la façon d’un oiseau qui cherche sa nourriture. Je parcours le territoire lentement et prudemment car les dindons peuvent arriver de toutes les directions. Généralement, les dindons répondent aux appels et se pointent en deuxième vitesse mais ce n’est toujours le cas, certains mâles sont plus suspicieux. Avant de rentrer en forêt, il est important d’effectuer quelques appels car il se peut qu’un mâle ne soit pas loin.

Une autre approche qui consiste à appeler, attendre et marcher (call, wait and walk) est aussi très efficace pour la chasse en forêt. Lorsqu’on entend une réponse on se trouve un endroit pour se cacher et on attend notre proie.

Après notre passe matinale, nous longions la bordure d’un boisé que nous voulions explorer. Christian a lancé une série d’appels à l’aide d’un diaphragme. Un dindon au loin en forêt a répondu. On s’est immédiatement écrasés le long de la clôture et Christian a entretenu le dialogue avec le tom. Légèrement suspicieux d’entendre une femelle au champ à cette heure, le tom s’est laissé désirer. Après insistance, il s’est finalement laissé convaincre, par les appels de mon compagnon, et s’est présenté à portée de fusil. Résultat un magnifique tom récolté à environ trente mètres

Christian utilise surtout des diaphragmes tandis que j’utilise plutôt des ardoises cela nous rend très complémentaire. En débutant doucement et en augmentant graduellement la tonalité, mais pas de manière agressive. J’utilise généralement deux ardoises et un seul bâton (peg). En procédant ainsi, je laisse croire qu’il y a deux femelles. Lors d’une réponse, je m’écrase, je place mon fusil prêt pour le tir, j’effectue doucement quelques purr et je dépose mon ardoise pour me libérer une main. Pour l’approche finale, je gratte seulement dans les feuilles. Lorsque l’oiseau se présente, j’attends qu’il passe derrière un arbre et je le cueille à la sortie.

Plusieurs dindons ont été récoltés en appliquant les variantes du plan B. J’apprécie grandement tous les aspects de la chasse au dindon. En commençant par le repérage et le perchage des oiseaux, juste avant la tombée de la nuit. Rien de plus excitant que d’être assis aux abords d’un champ et, au lever du soleil, entreprendre un dialogue avec ce fabuleux oiseau. C’est en chassant aux champs que nous avons récolté la plupart de nos dindons. Mais cela ne marche pas toujours. C’est pourquoi nous nous tournons vers la forêt, là où les dindons passent une bonne partie de la journée. Le couvert forestier nous offre une autre alternative et nous a permis de prélever un bon nombre de dindons. C’est bien assis au pied d’un arbre, en avant d’une roche et même derrière une souche que la partie se joue en forêt. Tout comme l’orignal, les dindons ont un comportement différent en forêt. N’oubliez pas qu’un dindon peut parfois se montrer méfiant dans un champ, mais peut très bien se présenter à la course au bout de votre fusil lorsqu’il est appelé dans la forêt.

L’ami et compagnon de chasse de l’auteur, Christian de Beaumont bien adossé à un arbre. Le coude bien appuyé sur le genou. Cela lui permet de stabiliser son tir et mieux patienter pendant l’attente du dindon.

Retour en haut