100% TAXIDERMIE

Manipulation
et conservation
des poissons pour des fins de taxidermie

Une belle photo sera de mise pour que le taxidermiste puisse reproduire le  plus fidèlement possible les couleurs de votre trophée

Une belle photo sera de mise pour que le taxidermiste puisse reproduire le  plus fidèlement possible les couleurs de votre trophée

Par
DENIS D’AMOURS

La lumière du jour qui s’étire dans le temps, des températures de plus en plus clémentes, champs en culture qui prennent de plus en plus d’espace et surtout le gazouillis des ruisseaux  gonflés qui se font  agréablement entendre  ….Enfin ! Ça « sent » la saison de la pêche qui débutera sous peu.

Certains d’entre vous auront certainement l’occasion durant la longue saison de la pêche d’y puiser de magnifiques spécimens trophées  dignes d’être immortalisés à tout jamais. Il est tout à fait bien légitime de vouloir en conserver un. Certains d’entre vous sont des adeptes de la remise à l’eau (catch and release) mais, et là c’est le biologiste qui vous parle, rappelez-vous bien que votre poisson est à « bout de souffle » et cherche désespérément à s’oxygéner…. celui-ci est épuisé au max et tout près de la mort et qu’il faut vraiment savoir lui prodiguer des soins attentifs et particulier lors de la remise à l’eau. J’ai tellement été témoin de gros spécimens flottant à la dérive ou échoués sur la rive…même chez des saumons. Même bien documenté, j’ai souvent observé des sessions de photos et manipulations de poissons en en plus finir …alors imaginez les possibilités de survie de ces poissons. C’est à vous de bien juger et d’avoir une bonne éthique de pêcheur.

Bon et avant tout,  tout comme pour la faune ailée et terrestre, la faune aquatique nécessite de bons soins afin d’assurer à une noble capture d’accéder chez votre taxidermiste en très bon état de conservation.

L’auteur apportant la touche finale à son œuvre composée d’un omble chevalier, une ouananiche et une truite mouchetée.

Un bon pêcheur manipule sa capture avec grands soins et ce dès sa sortie de l’eau, car certaines catégories de poissons sont plus fragiles que d’autres telles que les salmonidés surtout saumon et ouananiche qui sont champions pour la perte de leurs écailles surtout en début de saison. Évidemment rares sont ceux qui, après les émotions et frénésie du moment, n’auront pas le réflexe d’immortaliser ces excitants moments en photographiant le sujet à quelques reprises. C’est d’ailleurs quasi nécessaire afin que votre taxidermiste lors de la restauration des couleurs, puisse y appliquer les bons tons sachant que pour une même espèce et selon son milieu de vie ou la période de la saison il aura des couleurs bien différentes d’un sujet à l’autre. À titre d’exemple, une belle truite mouchetée aura une pigmentation bien différente lors de l’approche du moment de la fraie que celle en début de saison et selon son milieu. Alors de là l’importance d’activer votre appareil photo pour quelques bonnes photos en cadrant le spécimen seulement et si possible à l’ombre car le soleil sur la peau encore mouillée et reluisante aura des effets trompeurs sur les couleurs réelles.

Les salmonidés et en particulier les saumons et les ouananiches sont les champions de la perte d’écailles lorsqu’ils ne sont pas manipulés convenablement. Soyez particulièrement vigilant au moment de la prise de photos.

Et tout comme mentionné dans des chroniques antérieures sur les oiseaux et mammifères le froid sera votre meilleur allié. Évitez le soleil direct. Vous n’avez pas de glacière ni de vivier ?… Déposez votre poisson au fond de l’embarcation il aura au moins la température plus froide de l’eau et recouvrez d’un linge humide car le refroidissement de votre capture le plus rapidement possible est non seulement nécessaire pour sa chair mais pour sa précieuse peau…nageoires et queue seront rapidement sujet au dessèchement et à la pourriture (bactéries à leurs extrémités).  En général une glacière dans l’embarcation fera adéquatement le travail de refroidissement. Pour les grands aventuriers partis conquérir le petit lac de tête, il y a toujours la bonne mousse de sphaigne bien froide en sous-bois qui pourra vous dépanner pour conserver quelques heures votre grosse mouchetée.

Pour ceux ou celles qui s’inquiètent des marques et plaques sombres qui apparaissent souvent sur un poisson ne vous en souciez pas trop car au moment de la restauration des couleurs celles-ci seront camouflées par les peintures de base. Autre point important, ne pas éviscérer le poisson et si jamais c’est fait ne vous en faites pas trop car si toutes les nageoires son présentes un bon taxidermiste procèdera quand même à sa naturalisation.

Même si il est nettement préférable de ne pas éviscérer un poisson destiné à la taxidermie, un bon taxidermiste sera tout de même en mesure de donner une deuxième vie à votre trophée si vous oubliez ce détail important.

De retour au chalet ou à votre résidence procédez à l’emballage de celui-ci dans des sacs de matière plastique. Jamais au grand jamais de papier journaux, cartons ou d’essuie-tout directement sur la peau du poisson car ces matières accélèrent le processus de dessèchement et déshydratation de la peau. Une fois bien emballé déposez votre trophée de pêche à plat et si possible apposez un carton plié pour bien garder et protéger la queue  car une fois bien gelée celle-ci devient cassante lors de manipulation brusque au congélateur. J’ai même des clients « maniaques » qui immergent complètement le poisson dans un bac et font geler le tout.

Un taxidermiste consciencieux pourra même vous offrir de conserver votre chair de poisson ainsi votre capture sera utilisée au maximum.

En terminant, je souhaite à tous les pêcheurs et pêcheuses du Québec une fructueuse, enrichissante et joviale saison de pêche 2023 et surtout « puisez mais sans épuiser ».

Quelques belles pièces réalisées par l’auteur.

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